Les françaises d’après-guerre

Après la Seconde Guerre mondiale, toute l’Europe est profondément bouleversée par l’horreur des crimes commis par les nazis. La société française cherche à se reconstruire et de profonds changements vont s’opérer. Parmi eux, les femmes vont peu à peu s’émanciper et conquérir plus de droits. 

Ces droits concernent de nombreuses sphères de la vie publique et permettent aux femmes de s’émanciper de leur rôle de mère au foyer. A travers cet article, nous allons essayer  de comprendre quels sont ces droits mais également quels moyens ont été mis en œuvre pour les obtenir. 

Le conservatisme d’immédiate après-guerre

L’idéalisation de la maternité

Affiche publicitaire pour la super cocotte de SEB – 1958

Dans un premier temps, l’immédiate après-guerre apporte peu de changements pour le droit des femmes. Le général De Gaulle voit les naissances comme “ une nécessité pour l’avenir national”. Ainsi, la femme en sa qualité de mère est grandement valorisée et plusieurs mesures sont prises pour favoriser la natalité. 

En 1945, des consultations gratuites de la Protection maternelle et infantile sont créées et des aides financières sont données pour pousser les familles à s’agrandir. On peut penser à la création de la sécurité sociale, de l’assurance maternité ou encore du quotient familial. Ces aides ont pour but de permettre aux femmes de rester au foyer pour prendre soin de leurs enfants. De plus, la fête des mères est officialisée en 1950, signe de l’importance accordée à la figure de la mère. On peut retrouver des exemples de cette idéalisation de la mère dans de nombreuses publicités.

En même temps, des mesures sont prises pour réprimer le contrôle des naissances. On cherche à réprimer les tentatives de contraception en interdisant leur publicité. L’avortement reste interdit et est sévèrement puni avec des peines de prision allant jusqu’à deux ans et de lourdes amendes. Ces différentes mesures semblent porter leurs fruits puisque la natalité s’accentue entre 1945 et 1954. Mais, bien que les femmes soient incitées à devenir mères et rester à la maison, cette période est également marquée par quelques évolutions. 

Les premiers droits civiques

Germaine Poinso-Chapuis en 1947

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les femmes ont joué un rôle important contre l’occupant allemand en prenant part à la Résistance. Le courage et les risques qu’elles ont pris leur a permis d’être pleinement reconnues comme citoyennes. C’est pour cette raison que Charles De Gaulle ratifie une ordonnance le 12 avril 1944 qui permet aux femmes de voter. Grâce à cette ordonnance, 12 millions de femmes deviennent électrices et peuvent se présenter à des élections. 

Malgré cette possibilité d’avoir une place active dans la politique française, les femmes ne jouent pas un grand rôle en réalité. Les résultats des premières élections montrent que les femmes votent peu. De plus, quand elles se rendent effectivement aux urnes, ces dernières suivent les consignes de vote de leur mari en votant conservateur afin de préserver les intérêts de leurs familles. 

En ce qui concerne la place des femmes sur la scène politique, elles sont peu représentées. En 1945, seules trois femmes sont élues comme députées. Et ce n’est qu’en 1947 qu’une femme, Germaine Poinso-Chapuis, est nommée ministre pour la première fois, comme ministre de la santé. 

L’entrée de la femme dans la vie publique

Comme nous l’avons déjà signalé, les femmes peuvent enfin faire leur entrée dans la vie publique, une place qu’elles vont occuper de plus en plus, notamment à partir des années 60. Ainsi, elles vont être plus nombreuses à entrer dans le monde du travail et à réclamer une position d’égalité avec les hommes. 

La femme d’affaires

Les jeunes filles ont un accès accru  à l’enseignement secondaire ce qui leur permet de chercher du travail. Les emplois tertiaires se féminisent également puisqu’ils sont occupés aux deux tiers par des femmes. Certains métiers sont même très féminisés à l’image des postes de secrétaires, occupés à 98 % par des femmes. Par ailleurs, le taux d’activité des femmes augmente rapidement, passant de 40 % en 1961 à 60 % en 1981. Cependant, ces emplois restent cantonnés au domaine tertiaire et restent fragiles avec des périodes de crise et de chômage.

Mais, certains emplois jusqu’alors réservés aux hommes sont ouverts aux femmes comme ceux de magistrats (1946), d’ambassadeur (1972), de recteur de l’Université de Paris (1982) ou encore celui de premier président de la Cour de cassation (1984). Et, en parallèle de l’entrée massive des femmes dans le monde du travail, elles dénoncent de plus en plus la condition de mère de famille.

Dénoncer la condition de mère de famille

Comme nous l’avons vu plus haut, la figure de la mère au foyer est idéalisée et mise en avant par les pouvoirs publics. Cependant, cette idéalisation cache une réalité bien moins joyeuse. En effet, les femmes ne reçoivent aucune éducation sexuelle et de nombreuses femmes se font avorter clandestinement devenant la première cause de mortalité maternelle. 80 % des femmes entre 20 et 35 ont fait appel à ces méthodes.

De plus, les mères sont souvent éloignées du monde du travail et les tâches ménagères se multiplient et sont très pénibles. Quand elles décident de conserver leur emploi, les tâches ménagères leurs sont tout de même dévolues. 

A partir du milieu des années 50, ces conditions de vie sont de plus en plus dénoncées. On peut par exemple évoquer le mouvement des jeunes femmes qui regroupe des femmes mariées de moins de 35 ans qui expriment le malaise de la femme au foyer et prônent le contrôle des naissances. 

Jeune couple en consultation à la Maternité Heureuse, Paris, 1956
© Janine Niépce / Roger-Viollet

Cette volonté de contrôler les naissance et d’éviter les avortements clandestins va être à l’origine de la création en 1956 de Maternité Heureuse. Il s’agit d’une association qui permet aux couples de s’informer sur les méthodes contraceptives, les redirige vers des médecins formés ou encore les aide à passer des commandes de contraceptifs à l’étranger car à cette époque, la contraception est encore interdite en France. Son succès va permettre la création du Mouvement Français pour le Planning Familial en 1961.

Le Planning familial va se développer tout au long des années 1960 et va lutter pour l’accès à la contraception et la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Par ailleurs, la pilule contraceptive, inventée en 1960 est finalement autorisée en France en 1967. Cependant, cette loi n’est appliquée qu’en 1972 et la pilule n’est remboursée qu’à partir de 1974, soulignant la réticence du pouvoir public à l’utilisation de ce médicament. Cette dénonciation du statut de la mère montre que les femmes aspirent à une nouvelle place au sein de la société, une place qui leur permettrait de devenir les égales des hommes. 

A la recherche de l’égalité

Les femmes revendiquent le fait d’être des sujets libres et autonomes. A partir des années 1960, les femmes vont donc chercher à s’affranchir de la tutelle masculine et notamment des inégalités au sein du couple. 

Ainsi, en 1964, l’émission La femme aussi donne la parole aux femmes et dénonce les cas de discrimination à l’encontre des femmes, notamment dans le monde du travail. Elle connaît un grand succès et inspire de nombreuses autres émissions comme Une femme pour parler aux femes. De plus, de nombreux ouvrages, inspirés du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir (1949), sont publiés dénonçant la condition féminine et permettant une prise de conscience du genre comme La condition de la femme aujourd’hui, La femme mystifiée ou encore Demain les femmes.

Suite à ces dénonciations, les femmes obtiennent plus de droits dans le cadre du mariage. En 1965, elles sont autorisées à avoir un compte en banque et à travailler sans avoir besoin de l’autorisation de leur mari. En 1970, la puissance paternelle qui donnait alors toute autorité du père sur l’enfant est remplacée par l’autorité parentale dans un souci d’égalité au sein du couple. Puis en 1975, le divorce par consentement mutuel est adopté ainsi que la dépénalisation de l’adultère qui était alors un crime. Mais, ces avancées ne mettent fin qu’au mariage inégalitaire. Il faut attendre la fin des années 1970 pour que les femmes puissent disposer d’elles-mêmes dans la société.

Vers une émancipation des françaises

La mise en place d’une législation en faveur des femmes va permettre à ces dernières de pouvoir disposer pleinement d’elles-mêmes. Cela va passer par le combat pour le droit à l’avortement et la réduction des inagéalités entre les femmes et les hommes. 

Le combat pour l’avortement

Manifestations mai 68
©AFP Jacques Marie

L’un des moyens pour les femmes de pouvoir disposer pleinement de leur corps est lié au contrôle des naissances et le droit à l’interruption volontaire de grossesse. C’est une des revendications liées à mai 68. Il s’agit d’un mouvement de la jeunesse qui refuse de vivre dans un monde régi par les mœurs rigides de la France gaullienne et qui désire transformer les rapports entre les sexes. Cette période se caractérise par un mouvement étudiant auquel se joignent les ouvriers qui vont entrer massivement en grève. 

Elle correspond également à une prise de conscience par les femmes de leur aliénation due à leur sexe. Elles libèrent leur corps en l’exhibant, sans souci de séduction et sans répondre aux critères féminins traditionnels. La liberté de disposer de son corps est donc revendiquée et cela passe par le droit à l’avortement. L’accès à ce droit devient la principale lutte des femmes à partir de 1970.

Cela passe par des prises de paroles osées comme le manifeste des 343 salopes. Il s’agit d’un manifeste écrit par Simone de Beauvoir et signé par 343 femmes publié le 5 avril 1971 dans le Nouvel Observateur. Les signataires admettent avoir eu recours à une interruption volontaire de grossesse alors que cet acte est interdit par la loi. Le manifeste fait beaucoup de bruit puisque de nombreuses signataires sont des femmes connues comme Françoise Sagan, Jeanne Moreau ou Catherine Deneuve. A travers ce texte, elles demandent la légalisation de l’avortement comme l’indique le début du texte de Simone de Beauvoir “nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre”. 

Simone Veil à la tribune de l’Assemblée nationale défend, le 26 novembre 1974, la loi sur l’avortement. / © AFP

Cette lutte se poursuit avec la création du Mouvement de libération de l’avortement et de la contraception en 1973. Cette association a pour objectif la diffusion d’une information sexuelle, la liberté de la contraception et la liberté de l’avortement. Cette association ne sera dissoute qu’en 1975.

En effet, le 20 décembre 1975 la loi Veil légalise l’avortement pour une durée de cinq ans. Cette durée sera prolongée et adoptée définitivement en 1979. En décembre 1982 l’accès à l’IVG est remboursé, le rendant plus accessible pour toutes les femmes. Mais, l’année 75 marque aussi une réduction des inégalités.

La réduction des inégalités

Plusieurs lois vont permettre de donner plus de place aux femmes dans la sphère publique. C’est pourquoi une loi est promulguée en 1975, interdisant la discrimination à l’embauche fondée sur le sexe. Cette loi est renforcée en 1983 avec une seconde loi d’égalité professionnelle. Cette dernière interdit la discrimination à l’embauche, à la qualification, à la promotion et au licenciment. 

La représentation des femmes dans le monde politique s’améliore également. Ainsi, la proportion des femmes à l’assemblée passe de 2% en 1958 à 10 % en 1978. Qui plus est, en 1981, le gouvernement de François Mitterrand présente six femmes. 

Mais les femmes sont également mieux protégées en France. En 1980, une loi définit le crime de viol de la manière qui suit « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur, par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol« . Ce crime sera alors puni par une peine allant de 15 ans de prison jusqu’à la perpétuité dans les cas les plus graves (récidive, acte accompagné de tortures). Les sévices faits aux femmes sont également de plus en plus pris en compte. C’est pour cette raison qu’en 1992 le délit de harcèlement sexuel est institué. 

Les revendications des femmes sont ainsi entendues davantage et leurs droits sont élargis. Cependant ces derniers sont régulièrement remis en cause. Par exemple, à partir des années 1980, le droit à l’avortement est regulièrement remis en question, notamment par des groupes des catholiques traditionnalistes. La loi Neierz de 1993 vient appuyer ce droit en créant un délit à l’entrave de l’avortement. Ce mouvement de protection des droits des femmes et d’égalité trouve un écho important dans une manifestation organisée en 1995 pour le droit à l’avortement et à la contraception, pour le droit à l’emploi, pour l’égalité et contre le retour de l’ordre moral.

RÉSUMÉ

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les femmes ont obtenu progressivement des droits leur permettant de prendre leur place dans le monde du travail, dans la sphère politique et de disposer de leur corps. 

Mais, malgré ces progrès importants et nombreux, ces droits sont régulièrement remis en cause, même aujourd’hui. Il est donc nécessaire de se rappeler la lutte pour leur obtention et la nécessité de se battre pour les conserver et les augmenter.

Bibliographie

Ouvrages généraux

  • BARD Christine, Les femmes dans la société française au 20e siècle, Armand Colin, Paris, 2004.
  • COLON David, Comprendre le XXe siècle, de 1914 à nos jours, Belin éducation, Paris, 2018.
  • RIPA Yannik, Les femmes de l’histoire de France, de 1789 à nos jours, Armand Colin, 2010.
  • VERCLYTTE Valérie, La société française de 1945 à nos jours, Armand Colin, Domont, 2018.

Articles

  • VAN DE CASTEELE SCHEITZER Sylvain, « Le mouvement féministe en France après la deuxième guerre mondiale », in Matériaux pour l’histoire de notre temps, n°1, 1985. Histoire des femmes et du féminisme. pp. 15-19.

 

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