L’éducation spartiate

Plutarque parlait de l’éducation des jeunes spartiates en ces termes : « Apprendre à bien obéir, à supporter patiemment la fatigue et à vaincre au combat ». Les Spartiates sont un peuple grec du Péloponnèse réputés dans le monde antique pour être un peuple qui se consacre entièrement à sa cité notamment à travers un engagement militaire très important. L’éducation qui était dispensée au sein de la cité à longtemps été sujette à controverse, tantôt admirée ou tantôt dénoncée à cause de sa dureté. Néanmoins, on considérait que la puissance des Spartiates leur venait de l’éducation qu’ils imposaient à leurs enfants. Enfin, on peut également voir dans l’expression de cette éducation une représentation des mœurs et des coutumes au sein de la cité.

Les sources antiques évoquant cette éducation sont peu nombreuses. Ainsi, on trouve essentiellement deux auteurs, Xénophon qui l’évoque dans la République des Lacédémoniens sous le nom de paideia et Plutarque dans sa Vie de Lycurge, bien que d’autres auteurs se soient intéressés à la question. Aujourd’hui, on nomme communément cette éducation l’agôgé, l’éducation des jeunes gens. Il s’agira donc ici d’essayer de monter quelles sont les spécificités et le but de l’éducation des jeunes spartiates.

Une éducation rythmée et normée par la cité

À bien des égards, l’éducation des jeunes spartiates est unique dans le monde antique. De ce fait, les enfants de toutes les classes sociales suivent une éducation stricte et encadrée et ceux dès leur plus jeune âge. Cette éducation se poursuit tout au long de leur vie et connaît une distinction selon l’âge des spartiates.

Une éducation par classes d’âge

Les spartiates sont confrontés dès le plus jeune âge aux lois régissant la société. En effet, à leur naissance, les jeunes bébés sont soumis à un examen. Le père du nouveau né l’amène de ce fait au près des anciens. Le conseil va juger de la physionomie de l’enfant et a un pouvoir de vie et de mort sur ce dernier : s’il juge que l’enfant a une physionomie faible ou alors qu’il présente des mal-formations il faut tuer l’enfant. Un des moyen pour juger si l’enfant va pouvoir survivre est de plonger l’enfant dans un bain de vin pour « éprouver leur constitution » (Plutarque). Ainsi, les enfants qui n’étaient pas considérés comme viables étaient jetés dans un précipice du mont Taygète.  En revanche, si l’enfant est de bonne consistance, il suit une première étape de formation au sein de sa famille. Les nourrices les habituent à mener une vie rude en les habituant à tous les types de nourritures, à ne pas avoir peur du noir ou encore à ne pas pleurer et crier. Après cette première étape encadrée par la famille, l’enfant spartiate intègre le système éducatif de la cité. Tous les citoyens y participent, même les plus démunis. De ce fait, l’éducation collective est financée par la cité et organisée selon des classes d’âges.

L’éducation collective des jeunes garçons débute à l’âge de 7 ou 8 ans ou bien quand l’enfant semble avoir cet âge de par sa physionomie. On réunit les jeunes enfants le premier jour de chaque année et on regroupe tous les enfants qui semblent avoir atteint cet âge. Ce groupe va grandir ensemble et être éduqué ensemble jusqu’à l’âge adulte, aux environ de 20 ans. À 7 ans, les jeunes enfants rejoignent le groupe des paides jusqu’à l’âge de 12 ans. Ils restent avec leur camarade le jour et rentrent dormir chez eux la nuit. Ils apprennent l’obéissance et l’endurance. On cherche aussi à réveiller la rivalité entre les jeunes pour mettre en avant les meilleurs éléments. Ces rivalités sont parfois causées par les adultes afin de repérer les plus combatifs. C’est aussi une période où leur sont enseigné la lecture et le calculs. Leur formation intellectuelle est cantonnée au stricte nécessaire avec quelques poèmes d’Homère, d’Hésiode ou encore de Tyrtée. Ainsi, la mémoire orale de la cité leur est transmise ainsi que les normes de comportement en vigueur. De ce fait, la constitution des Lacédémoniens est donc lues aux jeunes spartiates une fois par ans. Enfin, une grande importance est accordée à la généalogie notamment celle des rois de Sparte.

À partir de 12 ans, leur éducation se durcit. De ce fait, ils restent en permanence avec leurs camarades et dorment avec eux. Ils dorment sur des paillasses qu’ils élaborent eux mêmes, on leur rase les cheveux et ils sont nus la plus part du temps puisqu’un seul manteau leur est fourni chaque année. On ajoute à cette vie difficile une concurrence rude à travers des concours et des jeux rituels. Ils commencent également leur formation militaire et ils apprennent à manier la lance, l’épée ou encore le bouclier. Les premières manœuvres militaires leur sont également enseignées. Cette période comprend aussi un enseignement intellectuel où on apprend au jeunes à s’exprimer de la manière la plus concise possible, une manière de parler réputée chez Spartiates.

1. Jeunes Spartiates s'exerçant à la lutte, Edgar Degas, v. 1860, National Gallery
Jeunes Spartiates s’exerçant à la lutte, Edgar Degas, v. 1860, National Gallery

Entre 20 et 30 ans, malgré le fait que les Spartiates ne suivent plus l’éducation commune, ils sont tout de même surveillés par la la cité et doivent continuer à s’entraîner afin de maintenir leur forme physique en pratiquant la chasse par exemple. En effet, ils sont mobilisable comme hoplites à tout moment. C’est aussi un âge auquel on les pousse à trouver une femme et à se marier afin de fournir à la cité de nouveaux soldats. Mais, jusqu’à 30 ans, ils ne mènent pas une vie conjugale à proprement parler puisqu’ils vivent le jour avec leurs camarades et dormaient également avec eux. Ils ne pouvaient aller voir leur femme que la nuit, en se cachant.

L’éducation spartiate se fait donc par étapes. De plus, ils reçoivent une éducation intellectuelle mais également physique. Cet entraînement est allégé en période de guerre pour pouvoir les mobiliser à tout instant. En effet, ils doivent apprendre à souffrir pour devenir plus fort et résister à tous types de situations.

Une éducation dure et violente

L’éducation des jeunes hommes est non seulement très dure physiquement mais en plus elle est emprunte de violences et de châtiments. En effet, les châtiments corporels sont courant au sein de l’éducation collective. Un adulte qui le jugeait bon pouvait ainsi infliger des coups à un enfant si ce dernier avait commis une faute. Les sanctions pouvaient également être administrés par les hèbôntes. Parmi ces derniers, on trouvait des mastigohroï, les porteurs de fouets. Ils étaient chargés de venir en aide au pédomanes, les maîtres. Cette violence et la peur des sanctions est relatée dans les textes notamment à travers d’un épisode bien connu de la littérature ancienne. 

Comme nous l’avons déjà dit, les jeunes spartiates vivent nus et ne portent pas de chaussure, malgré les intempéries. De plus, les jeunes Spartiates ne recevaient pas une quantité de nourriture insuffisante par rapport aux efforts fournis dans le cadre de leur formation. De ce fait, ils étaient poussés à voler de la nourriture. Cette épreuve faisait partie intégrante de leur formation, le but étant à apprendre à voler en toute discrétion. Si un enfant était pris sur le fait, les sanctions étaient violentes avec de nombreux coups de fouets. Ainsi, les Spartiates faisaient tout pour ne pas être pris la main dans le sac. Un jeune garçon qui avait volé un renard et qui l’avait dissimulé sous sa toge a préféré se faire dévorer le ventre par l’animal plutôt que de subir la punition et que sa faute soit reconnue. Enfin, on peut citer la bômolochia, le vol des fromages sur l’autel d’Orthia qui s’effectuait sous une pluie de coups de fouets. Tous ces éléments nous montrent donc une éducation intégrant une forte discipline pour les jeunes hommes et une part de violences importantes. Cela nous permet donc de dire que cette éducation devait être très encadrée et réglementée pour permettre une telle discipline.

Un encadrement particulier : la pédérastie

Mais l’éducation est également un moyen pour le jeune spartiate de nouer des liens entre les différents groupes d’âge. En effet, les spartiates pratiquent la pédérastie. Elle était normée par la cité. Ces relations étaient importantes car de cs dernières dépendait l’avenir d’un jeune spartiate et son ascension à une fonction publique une fois arrivé à l’âge adulte. La pédérastie commençait à l’âge de 12 ans. Elle liait les jeunes enfants, les éromène, les aimés, et des hommes plus âgés (jusqu’à 40 ans), l’éraste, l’amant.

L’eraste devait inculquer au jeune les différentes valeurs communes à la cité ainsi que les normes qui la régissaient. L’apprentissage de ces valeurs est important car il permet aux jeunes de se distinguer aux yeux de la société. En effet, de ce jugement de la communauté dépend l’intégration d’un spartiate dans un sisstion, un groupe de banquet. La participation aux banquets fait partie intégrante de la citoyenneté spartiates. Sans la participation aux banquets, un individu ne peut pas être citoyen. Les relations de pédérastie intégrées à l’éducation des spartiates sont donc très importantes car elles permettent aux jeunes garçon de s’intégrer dans la vie de la cité. Les codes très strictes régissant la vie de jeunes spartiates à travers leur éducation vise un objectif précis : former de nouveaux soldats et de bons citoyens.

Les buts de l’éducation des Spartiates

Former de bons citoyens

L’éducation des spartiates est une étape obligatoire pour devenir citoyen. Si un Spartiate ne suit pas l’éducation commune, il ne pourra pas accéder aux magistratures. Certaines sources nous indiquent même que les Spartiates ne suivant pas l’agôgé seraient privés de leurs droits civiques. De ce fait, comme nous l’avons déjà évoqué, tous les jeunes hommes y ont accès car elle est prise en charge par la cité depuis le VII° siècle avant notre ère. L’éducation leur permet d’assimiler les valeurs chères à la cité. Elle permet ainsi à chaque Spartiate de comprendre comment agir pour la collectivité. À travers le système de pédérastie, les jeunes spartiates peuvent également se préparer au cours de leur formation aux différentes charges politiques liées à la cité.

Former des soldats

La dureté de l’éducation des jeunes garçons spartiates avait un but bien précis : s’exercer à souffrir afin de s’endurcir. Les différents entraînements visaient à transformer les jeunes enfants en des soldats possédant une discipline de fer et pouvant survivre à tous les cas de figure. Ainsi, on peut retrouver cette préparation à la guerre dans différentes étapes déjà évoquée. Par exemple, le manque de nourriture est présent dans l’éducation des spartiates afin que ces derniers puissent se battre lors de différents conflits armés malgré les éventuelles pénuries liées aux combats. L’absence quasi totale de vêtements lors de leur formation leur permet de survivre en cas de changements climatiques importants. Enfin, les punitions en cas de désobéissance les poussent à obéir aux ordre sur le champ de bataille et ainsi ne pas rompre les rangs, quelque soit la difficulté de cette dernière.

Former une élite

Au cours de l’éducation commune, certains jeunes hommes, qui ont entre 20 et 30 ans, vont se distinguer par leurs actions. Ces derniers vont subir une épreuve particulièrement difficile afin d’intégrer un corps d’élite au sein de l’armé, c’est ce que l’on appelle la criptye. Cette épreuve consiste en une retraite de un ans : le kryptoi doit se retirer de la vie de la cité et se cacher dans la campagne sans autre arme qu’un poignard. Sa  principale mission est de tuer les hilotes, des esclaves sans aucun droits dans la cité. Ces meurtres sont acceptés par tous car ils font parti des normes de la cité. Cette épreuve était très dure car les spartiates vivaient entièrement seuls pendant cette période et ils ne devaient pas se faire voir. S’ils étaient vus, ils étaient soumis à de nouvelles punitions. De ce fait, ils vivaient essentiellement la nuit. Ils sont donc entièrement livrés à eux mêmes. De plus, c’est une épreuve très dure physiquement car elle a lieu sur une année entière, même en hiver. Ne pouvant pas entrer en contact avec les autres citoyens, le kryptoi devait donc trouver de quoi se nourrir malgré les aléas climatiques. Cette épreuve permet de mettre en avant une certaines élite qui se verra confier des tâches de commandement. Enfin, les anciens kryptoi vont avoir plus de chances d’accéder à de hautes fonctions politiques. Mais, ce n’est pas la seule façon d’appartenir à une élite.

En effet, tous les ans, on choisissait 300 jeunes spartiates parmi les meilleurs pour entrer dans le corps des hippeis, des cavaliers d’élite. Ces derniers avaient de tâches de maintient de l’ordre en temps de paix et de garde du roi en temps de guerre. Cette garde du roi est connue du grand public par des films et des péplums reprenant la bataille des thermopiles dans laquelle le roi Léonidas se bat contre les Perses entouré de ses 300 gardes qui vont tous périr.

Enfin, les meilleurs hippeis pouvaient prétendre à la fonction d’agathoergoi. Ce sont les plus âgés des hippeis et ils se rendent en mission dans les différentes cités grecques au nom de la communauté spartiate. Cette tâche leur ai confiée car on voit en eux des individus capables de résister aux corruptions du dehors. Tous ces éléments nous montrent donc que l’on cherche à faire de tous les spartiates des guerriers exemplaires pour représenter la cité. Mais, les hommes ne sont pas les seuls concernés par l’éducation à Sparte. En effet, les femmes vont elles aussi bénéficier d’une forme d’éducation pour servir la cité.

Une éducation féminine

Une éducation du corps et de l’esprit

2. femme spartiate
Statuette : jeune femme spartiate, vers 550 – 520 avant J-C, British Museum, Londres.

Cette fois ci, l’éducation des femmes n’est pas prise en charge par la cité. De ce fait, les informations les concernant sont donc moins précises et laissent à débattre. On retrouve tout d’abord une éducation liée à la grammaire, la lecture et le calcul même si le contexte de cette éducation reste flou. Les femmes sont amenées à connaître quelques œuvres de référence et à suivre les pratiques gymniques servant à la mousikè, c’est à dire la musique, le chant ou encore la danse, dans le cadre de chœurs pour les fêtes ou les concours. La participation à ces chœurs leur permettait également d’assimiler les valeurs chères à la cité. De ce fait, les femme vont également recevoir une éducation physique soutenue.

Les textes laissent ainsi transparaître la pratique de certaines activités telles que la course, la lute ou encore des concours de force. Du fait de leur activité physique importante, la beauté féminine résidait donc dans le développement physique. Plus une femme semble forte, plus elle semble susceptible de donner naissance à des enfants robustes. En effet, cette éducation physique vise à favoriser la teknopoiia, la procréation. L’éducation féminine a donc une vocation eugénique car il ne faut pas oublier que les femmes spartiates devaient se préparer à la vie de famille.

Une préparation à la vie de famille et à la vie de la cité

L’éducation féminine semble donc moins développée que celle attribuée aux hommes et elle n’est pas organisée par la cité. Cela est dû au fait que la femme était destinée à rester à la maison. Elle devaient dans le cadre de leur famille assurer les services domestiques, l’intendance de la maison et le début de l’éducation des enfants. Une de leur tâche quotidienne était donc de se préparer à la vie de famille à travers leur rôle d’épouse et de mère de soldats.

Mais les femmes participaient également à la vie de la cité d’une manière tout à fait particulière. En effet, elles rappelaient aux hommes, notamment ceux de leur famille, leur rôle dans la cité et leur devoirs d’exemplarité. De ce fait, elles étaient chargée de tourner en dérision les hommes médiocres ou qui s’étaient avérés être lâches au combat et, au contraire, d’exalter les meilleurs éléments de la cité. Les femmes avaient donc un rôle tout à fait particulier à jouer dans la cité.

Que faut-il retenir ?

La formation des Spartiates est essentielle dans la cité car elle permet de former les futurs soldats. De ce fait, l’éducation des jeunes hommes est prise en charge par la cité pour permettre à tous les enfants de citoyens d’y accéder. L’agôgé rythme la vie des enfants spartiates jusqu’à l’âge adulte et leur permet d’apprendre les techniques de combat et les usages de la cité. De ce fait, la discipline y tient une place prépondérante et toute faute est sévèrement punie. De plus, l’éducation est une manière pour les jeunes spartiates de se faire une place dans la vie politique de la cité avec l’aide de leur eraste. Cette éducation permet également de faire ressortir une élite qui se voit attribuer des commandements spécifiques. Enfin, les femmes connaissent une forme d’éducation physique et intellectuelle qui doit leur permettre de devenir de bonnes mères pour les futurs citoyens et soldats.

Bibliographie

Dictionnaires

  • Queyrel Anne, Queyrel François, Lexique d’histoire et de civilisation grecques, ellipses, 1996.

Ouvrages généraux

  • Christien Jacqueline, Ruzé Françoise, Sparte, Histoire, mythes, géographie, Armand Colin, seconde édition, 2017.
  • Lévy Edmond, Sparte, Histoire politique et sociale jusqu’à la conquête romaine, édition du seuil, 2003.
  • Sartre Maurice, Histoires grecques, édition du seuil, 2006
  • Sebillotte Cuchet Violaine, 100 fiches d’histoire grecque, Bréal, 2018 (4° édition).

Ouvrages spécialisés

  • Legras Bernard, Education et culture dans le monde grec, VIII° – I° siècle av. J.-C., édition Sedes, 1998.

Articles

  • Bodiou Lydie, « Des soldats et des principes », Historia, Numéro Spécial Sparte contre Athènes, La guerre du Péloponnèse  (431 – 404 av. J.C.), Novembre – Décembre 2018, p.20 à 23.
  • Ruata Stéphanie-Anne, « Des hommes comme les autres », Historia, Numéro Spécial Sparte contre Athènes, La guerre du Péloponnèse  (431 – 404 av. J.C.), Novembre – Décembre 2018, p.24 à 25.

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