Le rapt de Proserpine, Le Bernin, 1621 – 1622 – Une oeuvre, une histoire #2

Le rapt de Proserpine de Le BERNIN est sans doutes l’une de mes œuvres d’art préférées, et cela pour de nombreuses raisons. Il s’agit d’un groupe sculpté baroque réalisé par le Bernin, un sculpteur, peintre et architecte italien. Cette statue présente deux personnages, un homme et une femme, accompagnés d’un chien. Mais, qui sont ces personnages et quelle est leur histoire ?

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Le rapt de Proserpine, Le Bernin, 1621 – 1622, Galerie Borghese, Rome, Italie – Image libre de droits

Le mythe du rapt de Proserpine : la naissance des saisons

À travers son œuvre, Le Bernin revient sur un épisode célèbre de la mythologie antique : le rapt de Proserpine (que nous allons dorénavant appeler Perséphone parce que je préfère les Grecs… déso). Cet épisode est notamment relaté dans L’hymne à Déméter de Homère.

Hadès est le frère de Zeus. Quand ce dernier est devenu roi des dieux, il a partagé le monde avec ses frères. Hadès a reçu pour royaume les Enfers, la terre des morts. Ce lieu mythique est connu pour son austérité et sa dangerosité puisque aucun être qui y rentre peut en sortir vivant. De ce fait, Hadès est donc un dieu solitaire. Pourtant, un jour il aperçoit une jeune femme au cours de l’une de ses sorties : il s’agit de Perséphone. Perséphone est la fille de deux dieux olympiens majeurs : Zeus, roi des dieux, et Déméter, la déesse des récoltes. Hadès tombe instantanément amoureux de la jeune fille et souhaite en faire sa femme. Mais, il s’agit de la fille du roi des dieux. Hadès ne peut donc se permettre de simplement enlever Perséphone car il réveillerait le courroux de son frère. Il décide donc de demander la main de Perséphone à Zeus. Ce dernier ne cède pas la main de sa fille mais ne la lui refuse pas non plus. Hadès prend cette indécision pour une bénédiction et décide d’amener la jeune femme dans le royaume des morts. Ainsi, il retourne sur les lieux où il a premièrement vu Perséphone.

La jeune fille se trouve alors en compagnie d’autres déesses dont Vénus, Diane et Minerve. Elle s’éloigne du groupe attirée par la couleur et l’odeur d’une narcisse. Au moment de se saisir de la fleur, le sol s’ouvre sous ses pieds et en surgit Hadès sur son char. Le dieu des Enfers saisit la jeune femme par la taille et l’emporte sous terre avec lui. Avant de disparaître, Perséphone parvient à crier pour demander de l’aide.

Déméter commence rapidement à s’inquiéter de ne pas voir sa fille revenir. Elle part donc à la recherche de cette dernière pendant neuf jours et neuf nuits durant lesquels elle refuse de manger, de boire ou de se reposer tant son chagrin et se détresse sont grands. Le neuvième jour, elle croise la route d’Hécate, une déesse très âgée. Cette dernière lui dit avoir entendu le cris de Perséphone mais qu’elle n’est pas parvenue à voir le ravisseur. Cependant, elle mène Déméter à Hélios, le dieu du soleil. Ce dernier, face au chagrin de cette divine mère décide de lui révéler la vérité : Hadès a enlevé Perséphone afin qu’elle règne à ses côtés sur le monde des morts.

Face à cette révélation, Déméter quitte l’Olympe rongée par la douleur et la colère, la douleur d’avoir perdu sa fille et la colère de voir son frère, Zeus, abandonner leur fille au monde des morts. Son départ ne passe pas inaperçu puisqu’elle déclare qu’elle rendra la terre des Hommes stérile tant que sa fille ne lui sera pas rendue. Elle est disposée à faire disparaître les Hommes et avec eux les honneurs qu’ils rendent aux dieux. Pendant toute une année, la famine et le désespoir s’abattent sur les Hommes et la situation préoccupe de plus en plus Zeus. Pour calmer sa sœur, il décide d’envoyer sur terre différentes délégations de dieux avec des présents pour convaincre Déméter d’abandonner son exil et de rendre les terres fertiles de nouveau. Mais le chagrin de Déméter est plus fort que toutes les propositions qu’on lui fait. Zeus doit se rendre à l’évidence : il doit rendre Perséphone à sa mère ou les Hommes périrons.

Zeus arrive donc à convaincre Hadès : pour sauver les Hommes, ce dernier accepte de rendre sa femme à sa mère mais à une seule condition : qu’elle n’aie mangé aucune nourriture des Enfers. En effet, toute personnes qui en a mangé est condamnée à rester dans le royaume des morts. Dans un premier temps, Perséphone affirme n’avoir rien mangé qui vienne des Enfers mais, juste avant qu’elle ne quitte les Enfers sur le char d’Hermès, le messager des dieux, le jardinier des Enfers remet en cause la parole de la reine des Enfers : elle a mangé six grains de grenade. Un marché est donc passé entre Zeus, Déméter et Hadès : Perséphone restera six mois en Enfers avec son mari et six mois sur l’Olympe avec sa mère. Quand Perséphone se trouve avec sa mère, la terre devient fertile et nourri les Hommes. En revanche, quand la jeune femme retourne sous terre, le chagrin de sa mère rend la terre stérile et froide. Ainsi sont nées les saisons.

Que nous représente Le Bernin ?

Le Bernin a choisi de nous représenter l’instant le plus dramatique de cette scène : l’enlèvement. De ce fait, on remarque que le personnage de gauche est un homme fort coiffé d’une couronne. Cela indique donc qu’il est roi. On se rend compte qu’il s’agit du roi des Enfers par la présence, à sa gauche, du chien à trois têtes, Cerbère, le gardien des Enfers. Ainsi, logiquement la jeune femme qui se trouve dans ses bras et qui semble se débattre est donc… Perséphone !

Le rapt de Proserpine vu par d’autres artistes

Une nouvelle fois, Le Bernin n’est pas le premier à évoquer ce thème dans l’histoire de l’art. S’agissant d’un mythe antique, des représentation existent dès cette période. Chaque artiste apporte donc sa propre vision du mythe, influencé par son époque. Voici donc une petite sélection de mes œuvres préférées sur le sujet :

4. Bas relief, thermes
Autel funéraire à tabula représentant le rapt de Proserpine. Marbre blanc, période antonine, IIe siècle ap. J.-C. – Image libre de droits
5. Rubens
Le rapt de Proserpine, Pierre Paul Rubens, 1636 – 1638 – Image libre de droits
6. Mignard
Le rapt de Proserpine (Chore), Nicolas Mignard, 1651 – Image libre de droits

Post Data :

Cette œuvre fait parti de mes œuvres préférées pour diverses raisons. Tout d’abord l’intensité de la scène. En effet, vous pouvez vous rendre compte du drame qui est en train de se produire en observant l’attitude de Perséphone : son corps est tordu et elle repousse Hadès avec force. De plus, en zoomant sur son visage, on peut voir des larmes qui coulent sur sa joue et son visage tendu par la peur (je vous invite à aller regarder ces détails sur internet car je ne peut pas les afficher ici pour des raisons de droits d’auteur).

Enfin, je trouve le travail du marbre tout à fait impactant. En effet, on peut voir les doigts de Hadès s’enfoncer dans la chaire de la jeune fille comme s’il s’agissait réellement de chaire humaine. Il en va de même avec les muscles de Hadès, tendus par l’effort, ou encore les veines qui couvrent les différentes parties de son corps. Seul un virtuose de la sculpture est capable de rendre une œuvre aussi « vivante ».

Bibliographie

Ouvrages de référence

  • Homère, Hymne à Déméter.

Ouvrages généraux

  • DARTHOU Sonia, Lexique des symboles de la mythologie grecque, Que sais-je ?, 2017.

  • HAMILTON Edith, La mythologie, Ses dieux, ses héros, ses légendes, Poche Marabout, 2013.
  • SCHMIDT Joël, Les 100 histories de la mythologie grecque et romaine, puf, 2018.
  • Panthéon en poche, Dieux et déesses dans l’Antiquité, Les Belles Lettres, 2007.

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