Les cités du Vésuve, Partie 3/3 – Histoire d’une découverte #1

Les fouilles au XXe siècle

Comme nous l’avons vu dans le dernier article, Fiorelli a marqué un renouveau dans la recherche archéologique à Pompéi. Il a mis en place une méthode scientifique au sein du chantier et à mis au premier plan les soucis de conservation des vestiges. Ses successeurs ont repris ses techniques et ses méthodes pour poursuivre sa vision. Les archéologues vont se succéder jusqu’au début du XXe siècle où un archéologue va s’imposer à la tête du chantier de 1927 à 1961, Amedeo Maiuri. C’est l’une des périodes de fouilles les plus intenses et, à sa fin, Pompéi ne sera plus fouillée pour des raisons de conservation. 

Amedeo Maiuri, figure controversée

De nouvelles méthodes de travail

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Amedeo Maiuri à Pompéi, 1952

Amedeo Maiuri intervient à Pompéi dans une époque trouble. En effet, Benito Mussolini devient Président du Conseil du Royaume d’Italie en 1922. Dès lors, il instaure un ensemble de lois qui lui permettent de se saisir de tous les pouvoirs dans le pays. En 1927, Amedeo Maiuri convainc le parti fasciste de l’importance d’entreprendre des fouilles d’ampleur afin de retrouver la gloire de la Rome antique. Ces fouilles concernent principalement les cités de Pompéi et d’Herculanum et ont permis de donner aux cités dévastées l’aspect qu’on leur connaît aujourd’hui.

Pour parvenir à réaliser toutes ces découvertes, Maiuri a réussi à limiter l’extension de la ville de Resina qui recouvrait l’antique Herculanum en réquisitionnant des secteurs libres. Cela lui a permis de conserver des terrains à explorer sans craindre que leur accès soit compromis par des aménagements modernes. De plus, il parvient à exproprier une zone de plus de 7 hectares. Ce travail lui permet également d’étudier les relation de la cité antique avec la ville moderne. 

Les fouilles entreprises par Maiuri au XXe siècle sont également importantes puisqu’elles intègrent pour la première fois les notions de stratigraphie. La stratigraphie en archéologie permet de distinguer les différentes couches du sol et de les dater afin de comprendre leur agencement et dater les éléments qui s’y trouvent. Ce travail a permis à l’archéologue de révéler les périodes les plus anciennes de la cité avec les premières traces d’habitat. Cependant, Maiuri reste surtout célèbre pour ses nombreuses découvertes.

Un archéologue prolifique 

Comme nous l’avons dit plus haut, Maiuri a fouillé de nombreuses zones des cités de Pompéi et d’Herculanum et leur a donné l’aspect que nous leur connaissons aujourd’hui. Enumérer toutes ses découvertes prendrait bien plus d’un seul article, aussi je vous propose d’en découvrir ici quelques unes.

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Carte de Pompéi par Wolfgang Rieger, 2009 – Licence Creative Commons Attribution 3.0

Maiuri dégage entièrement l’enceinte de la cité mettant ainsi au jour la nécropole sud. De plus, il explore les régions I et II de la cité et apporte des compléments aux fouilles de la région VIII. Parmi les découvertes qu’on peut lui attribuer à Pompéi se trouve un puit découvert fortuitement en 1928 ainsi que les canalisations antiques. Ces découvertes lui permettent d’étudier l’approvisionnement en eau à l’époque antique. On retrouve aussi l’amphithéâtre et la grande palestre qui ont été exhumés et restaurés de 1935 à 1939. Il dégage également les insulae de la rue de l’abondance pour avoir une vue d’ensemble du quartier. A Herculanum, Maiuri met au jour des maisons dans un très bon état de conservation. Certaines possèdent encore un étage et parfois plus. Enfin, certaines conservent leur toit en bon état. Tous les bois de ces structures ont été retrouvées et cela lui a permis d’utiliser des techniques de conservation immédiate. 

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Intérieur de l’amphithéâtre de Pompéi, entre 1765 et 1775, Rijksmuseum
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Fontaine avec une tête de Mercure dans la rue de Mercure à Pompei par Luigi Bazzani, Luigi Bazzani, avant 1927

En effet, sur toutes ses découvertes, Maiuri réalise d’importants travaux de restauration et de conservation afin de tenter de redonner aux cités leur aspect d’antan. De ce fait, il prend le soin d’abriter d’un toit toutes les vestiges et non plus les découvertes exceptionnelles uniquement. Mais, il essaie parfois de reconstruire certaines structures afin d’en avoir une meilleure lecture. Parmi les restaurations les plus célèbres de Maiuri, on peut évoquer la restauration partielle du tribunal de la basilique entre 1929 et 1930 grâce à des anastyloses, une reconstruction à partir des vestiges sur place. 

Ces différents travaux lui permettent de présenter rapidement les différents chantiers aux médias. Il veut ainsi montrer la cité au monde entier et ne plus réserver sa visite à une élite. De ce fait, il expérimente à Herculanum le projet de la ville musée et il expose dans des vitrines plus de 1 900 matériels archéologiques. A travers ce musée, il veut transmettre la vie et l’impression que lui il a eu quand il a fouillé la cité. Malgré des découvertes nombreuses, l’archéologue italien est rapidement critiqué sur les méthodes qu’il a employé.

Des fouilles critiquées

Comme nous l’avons indiqué précédemment, Amedeo Maiuri avait à coeur de présenter le résultat de ses fouilles au grand public. De ce fait, il était capable de fouiller, de restaurer le site et de le présenter au public très rapidement. Ses méthodes sont donc expéditives et certains édifices sont restaurés à la va-vite puis abandonnés. De plus, il ne possède pas les moyens matériels et financiers à la hauteur de ses ambitions. Ainsi, quand il se trouve à court de liquidités, il n’hésite pas à réemployer les matériaux à sa disposition. Il a également recours à de nombreuses reprises au béton armé dans ses restaurations. Tous ces éléments font que les zones les plus abîmées dans le parc archéologique sont celles où Maiuri est intervenu. Ainsi, les successeurs de Maiuri vont avoir pour mission de préserver les vestiges déjà mis au jour qui se dégradent rapidement. 

Les cités du Vésuve après Mauri : conserver les vestiges

Conserver et préserver le site

Comme nous l’avons indiqué, Maiuri laisse derrière lui un travail parfois bâclé et des zones archéologiques très abîmées. Alfonso De Francisci lui succède à la surintendance de Naples en 1961 et se consacre principalement à la restauration des sites. Ses successeurs, Zevi et Ferulli Irelli doivent eux faire face à de nouvelles dégradations suite à un tremblement de terre en 1980. Leur travail consiste donc essentiellement à réparer les dommages dus à la catastrophe naturelle. 

Les travaux sont très chers et nécessitent un savoir faire très précis. Pendant longtemps, la surintendance de Naples a été seule à couvrir les frais de ces restaurations. Cependant, en 2010, l’effondrement de la caserne des gladiateurs à Pompéi a capté l’attention internationale et a pointé du doigt les enjeux liés à la préservation de ces cités antiques. De ce fait, l’Europe et l’Italie ont débloqué 105 millions d’euros pour aider à la sauvegarde de ces traces du passé.

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Caserne de Pompéi – Pompéi vie publique, Henry Thédénat, 1906

Depuis Maiuri, le travail au sein des cités du Vésuve se concentre donc sur la conservation et la restauration. Les zones inexplorées sont laissées intactes pour les générations futures. Ce temps de pause dans les fouilles est également une occasion de de travailler sur la restauration et la mise en valeur après les négligences et les abandons. Mais, un autre pan du travail concerne l’exploitation et l’étude des découvertes déjà réalisées.

Étudier les découvertes déjà réalisées

Les archéologues travaillent donc depuis la fin du XXe siècle sur l’exploitation et l’étude approfondie des secteurs déjà fouillés. Ils cherchent à établir à partir de ces données les différentes phases historiques des cités. De plus, ils travaillent à publier les résultats des anciens chantiers de fouilles qui n’ont pas forcément été communiquées au public. 

Pourtant, malgré cette nécessité de concentrer les moyens sur la conservation et la restauration des vestiges, le vendredi 9 mars 2018, lors d’une réunion sur l’avenir du patrimoine culturel italien à Milan, de nouvelles fouilles à Pompéi sont annoncées.

De nouvelles fouilles à Pompéi 

Pourquoi fouiller ?

Dans la Regio V, au  nord de la cité, de l’eau ruisselait sur les remblais. Cette accumulation d’eau pesait sur les ruines et menaçaient de s’effondrer, détruisant ainsi les vestiges se trouvant dessous. Mettant en avait la nécessité de stabiliser la zone, Massimo Ossana, le directeur de Pompéi a pris la décision de démarrer une campagne de fouilles pour préserver les vestiges. 

Son objectif est de participer à la sécurisation des bâtiments partiellement étudiés, endommagés par les bombardements de 1943 mais également de sonder et explorer le quartier en utilisant de nouveaux outils archéologiques tels que les drones, les lasers ou encore les outils de reconstitution 3D. Ces fouilles font appel à une équipe interdisciplinaire avec des archéologues, des ingénieurs, des vulcanologues, des géologues, des paléobotanistes ou encore des archéozoologistes. 

Qu’a t-on découvert grâce aux dernières fouilles ? 

La zone de fouilles s’étend sur un triangle de terre de 2 000 m² et a révélé de nombreux vestiges importants. Parmis eux, on peut souligner la mise au jour de deux domus de part et d’autre d’une rue, la maison au jardin et la maison de Jupiter. Dans ces maisons et à proximité de ces dernières ont été retrouvés des corps de Pompéiens qui ont été moulés grâce à la technique mise au point par Fiorelli. Par ailleurs, le corps d’un cheval harnaché a lui aussi pu être moulé.

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Carte de Pompéi par Wolfgang Rieger, 2009 – Licence Creative Commons Attribution 3.0

De nombreux décors éblouissants ont été mis au jour. Parmi les découvertes qui ont été le plus médiatisées se trouve une fresque représentant une scène des amours de Zeus avec Léda et le cygne. Une autre fresque représente deux mammifères marins dans la demeure dite des Dauphins. 

Enfin, de nombreux graffitis ont été mis au jours sur les murs des différentes maisons. Les graffitis sont nombreux dans la cité antique mais l’un d’entre eux a changé la perception de la catastrophe chez de nombreuses personnes. En effet, une petite inscription au charbon indique la chose suivante “in [d]ilsit pro masumis esurit[ioni]” = “il s’est livré à la nourriture en excès”. L’inscription est datée du 16e jour avant les calendes de novembre, c’est à dire vers le 17 octobre. Cela signifie donc que la cité aurait été détruite en octobre et non en août comme l’indique la seule source textuelle qui nous évoque la catastrophe, la lettre de Pline l’ancien. Divers éléments mettaient déjà cet élément en avant comme des fruits conservés pour l’automne, des vêtements trop chauds pour l’été ou encore une pièce frappée en septembre. Cette inscription confirme donc l’hypothèse dessinée depuis quelques années et pointe du doigt une erreur de copie qui s’est perpétuée pendant des siècles.

Des fouilles acclamées par l’opinion publique ? 

Malgré l’importance des vestiges mis au jour, tant pour l’histoire que pour l’histoire de l’art, ces fouilles ne sont pas bien accueillies par tout le monde. En effet, de nombreuses critiques ont émergé depuis 2018. Nous pouvons par exemple citer Alix Barbet, ex-directrice de recherche du CNRC et experte pour deux missions de contrôle menées pour le compte de l’UNESCO en 2012 et en 2014 qui s’est exprimée dans le journal Le Figaro en 2019. Pour elle, ces fouilles “entament en tout cas la structure et exposent à la lumière des pièces fragiles, comme les fresques. Les murs et les pavements à mosaïques souffrent eux de la pluie.”. Ainsi, les découvertes mises au jour sont difficiles à conserver dans un site qui a déjà du mal à préserver les découvertes antérieures. 

De plus, ces nouvelles découvertes ont connu une grande couverture médiatique (comme le montre le nombre d’articles se trouvant en bibliographie). Cette renommée mondiale a attiré de nombreux curieux et spécialistes. Le site accueille habituellement plus de 3 millions de touristes chaque années. En 2018, ce chiffre s’est élevée à 4 millions de visiteurs. Cet afflux de touriste inquiète les spécialiste puisqu’il entraîne de nombreuses dégradations dues à la circulation des personnes, leur respiration etc. 

Pour ces diverses raisons, Alix Barbet et d’autres spécialistes conseillent de laisser les vestiges de Pompéi pour les archéologues du futurs qui auront sans doutes de nouvelles techniques de fouilles moins intrusives et de meilleurs moyens de conservation. “Il faut s’assurer que toutes les pièces déterrées puissent être étudiées et conservées avant d’en sortir d’autres. Mais ayons aussi confiance en l’avenir. Dans les prochaines années, des outils nous permettront de fouiller sans prendre le risque d’abîmer. Autant attendre !”

 

Bibliographie

Ouvrages généraux 

  • BARBET Alix, Les cités enfouies du Vésuve, Pompéi, Herculanum, Stabie et autres lieux, Fayard, 1999.
  • Dir. COARELLI Filippo, Pompéi, la ville ensevelie,, Larousse, 2005.
  • ESPOSITO Domenico et GUIDOBALDI Maria Paola, Herculanum, Imprimerie nationale Editions, Paris, 2012.
  • ETIENNE Robert, Pompéi, Hachette littératures, 1998.
  • ETIENNE Robert, Pompéi, la cité ensevelie, Découverte Gallimard, Archéologie, réédition de 2009.
  • NAPPO Salvatore, Pompéi, guide de la cité antique, Gründ, réédition de 2015.
  • Dir. RANIERI PANETTA Marisa, Pompéi, Histoire, vie et art de la ville enterrée, Editions White Star.

Ouvrages spécialisés

  • ZANELMA Sandra, La Caccia fu buona, Pour une histoire des fouilles à Pompéi de Titus à l’Europe, Centre Jean Bérard, Naples. 

Articles 

  • ARNAUD Bernadette, “De nouvelles fouilles high-tech annoncées à Pompéi” in  Sicence et Avenir, 13 mars 2018.
  • BARTHELEMY Pierre,  “Pompéi, inépuisable trésor archéologique”, in Le Monde, 09 décembre 2019.
  • BORDENAVE Vincent, “Pompéi, la face cachée d’une année de découvertes exceptionnelles”, in Le Figaro, 7 janvier 2019.
  • JOSSET Christophe, “Pompéi livre encore des secrets” in L’express” le 25 mai 2018.
  • MARI Jean-Paul, “A Pompéi, de nouveau trésors découverts sous les cendres” in Geo, 13 juin 2019.
  • “A Pompéi, un graffiti contredit la datation de la catastrophe du Vésuve”, in Le Figaro, 17 octobre 2018.
  • “Pompéi : nouvelles découvertes sur la catastrophe” in Les Echos, 20 octobre 2018.

Documentaire

  • HUNT Ian A. Pompéi : la vie avant la mort, 2016. Diffusé sur Arte : https://www.youtube.com/watch?v=JzqoBaaT3GA
  • STINE Pierre, Science grand format, Les dernières heures de Pompéi, diffusé le jeudi 26 mars 2020 sur France 5.

Webographie

Dernière consultation le 27 avril 2020.

Autres

  • Cours de troisième année de Licence sur l’art des cités antiques. 
  • Conférence sur les fouilles d’Herculanum. 

BONUS

Le Grand Palais a mis en ligne une visite virtuelle de son exposition sur Pompéi. Allez y jeter un coup d’oeil ! https://www.grandpalais.fr/fr/expo-pompei-chez-vous

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