Saturne dévorant ses enfants – Une œuvre, une histoire #6

Francisco de Goya est un peintre espagnol né à Fuendetodos en 1746 et mort à Bordeaux en 1828. Goya a connu deux grandes maladies qui l’ont beaucoup marqué et affaibli. L’une d’entre elles l’a rendu sourd et l’a enfermé dans une grande mélancolie. Il achète une maison près de Madrid, la maison du sourd, où il s’établit. 

Sur les murs de cette maison, il va peindre plusieurs œuvres, très sombres, que les historiens de l’art désignent comme les Peintures Noires. Parmi elles se trouve cette œuvre effrayante, Saturne dévorant ses enfants. C’est cette œuvre et le mythe qu’elle dépeint que je vous propose de découvrir aujourd’hui. 

Saturne dévorant ses enfants, Francisco Goya, 1819 – 1823, Musée du Prado, Madrid

Saturne dévorant ses enfants dans la mythologie

Saturne est la “version” romaine du titan Cronos. Ce dernier est le fils d’Ouranos à qui il a coupé les parties génitales pour délivrer sa mère, Gaïa, de l’étreinte éternelle d’Ouranos. Une fois son père détrôné, Cronos règne sur le monde avec sa sœur et épouse, Rhéa. Il prend connaissance d’une prophétie qui indique qu’il sera détrôné à son tour par l’un de ses fils.

Pour empêcher cette prophétie de se réaliser, Cronos décide de dévorer ses enfants pour les empêcher de prendre son trône. A chaque fois que Rhéa met un enfant au monde, elle est contrainte de le donner à son époux qui l’avale directement. Cronos dévore tout à tour Hestia, Déméter, Hadès et Héra. La jeune mère souffre beaucoup de voir ses enfants connaître ce sort et elle décide de demander de l’aide à ses propres parents, la Terre (Gaïa) et le Ciel (Ouranos).

Rhéa s’enfuit donc en Crète avec ses parents afin de mettre au monde son dernier fils, Zeus. L’enfant est caché, élevé par des nymphes et nourri par la chèvre Amalthée. Entre temps, Rhéa retourne auprès de Cronos et lui donne, à la place du nouveau né, une lourde pierre emmaillotée dans un linge. Cronos l’avale alors, comme il l’a fait pour les frères et soeurs de Zeus. 

Le dieu de la foudre grandit en Crète et décide de défier son père et sauver ses frères et soeurs. Il retourne auprès de Cronos et réussit à lui faire boire un puissant vomitif qui permet de libérer les autres dieux. Zeus, accompagné de ses frères et soeurs, débute alors une guerre contre Cronos et les autres Titans. Zeus sort victorieux de cet affrontement. Il prend alors le pouvoir et s’établit avec les siens sur le mont Olympe, devenant ainsi les Olympiens. Les Titans sont punis par le roi des dieux et enfermés vivants dans le Tartare, dans les enfers.

Que nous représente Goya ? 

Dans cette oeuvre, Goya nous représente le moment le plus tragique du mythe, celui où Cronos dévore ses enfants vivants. Il nous représente le titan comme un monstre. De ce fait, il possède un corps difforme, une bouche béante et surdimensionnée et des yeux exorbités. Cette figure, se détachant d’un fond noir non identifiable, est tout simplement terrifiante. Cronos tient dans ses mains le corps de l’un de ses enfants qu’il est en train de dévorer. La tête et l’un des bras du malheureux ont déjà été ingurgités. 

Les “Peintures Noires” de Goya

Femmes riant, Francisco Goya, 1819 – 1823, Musée du Prado, Madrid

Dans la “maison du sourd”, Goya peint une série de 14 fresques aux thèmes très sombres que ce soit le mythe de Saturne dévorant ses enfants ou encore les sabbats de sorcières, mêlés à des personnages issus de son imaginaire. Ces œuvres possèdent des couleurs sombres, comme terreuses. Les figures sont imprécises, brumeuses et la peinture est souvent étalée au couteau. En les regardant, on ressent un grand chagrin, de la solitude et une forme d’angoisse, témoin de l’état d’esprit du peintre à ce moment de sa vie. 

Mais, certains historiens de l’art tissent un lien entre ces œuvres et la situation politique de l’Espagne en ce début des années 1820. En effet, l’Espagne est alors en pleine crise, suite aux invasions Françaises du Premier Empire (1808 – 1814). La monarchie des Bourbons est alors remise sur le trône, non sans révoltes. Cet état d’instabilité a également pu être un des moteurs de l’inspiration de l’artiste. 

Le sabbat des sorcières, Francisco Goya, 1819 – 1823, Musée du Prado, Madrid

Le mythe de Saturne dans l’Histoire de l’Art

Rhéa présentant une pierre emmaillotée à Cronos dessin du bas-relief d’un autel romain
Cronos mangeant ses enfants, Peter Wagner, 1492
Saturne mangeant ses enfants, Anonyme, XVe siècle, Bibliothèque de Genève
Saturne mangeant ses enfants, Anonyme, XVe siècle
Cronos dévorant l’un de ses enfants, Pierre Paul Rubens, 1636- 1638, Musée du Prado, Madrid
Saturne dévorant ses enfants, Giambattista Tiepolo, 1745


Bibliographie

Ouvrages de régérence

  • Hésiode, Théogonie.

Ouvrages généraux

  • Dir. DAGEN Philippe et HAMON Françoise, Epoque contemporaine, XIXe – XXIe siècles, Histoire de l’art Flammarion, Paris, Réédition 2011.
  • Dir. De CHANTAL Laure, Panthéon en poche, Dieux et déesses de l’Antiquité, Signet Belles Lettres, 2007.
  • HAMILTON Edith, La mythologie, Ses dieux, ses héros, ses légendes, Poche Marabout, 2013.
  • RAT Maurice, Aide-mémoire de Grec, Nathan, 2008.

Articles

BONUS

Vous pouvez retrouver ce mythe dans divers ouvrages récemment parus !

  • La série de mangas Save my Pythie d’Elsa Brants.
  • Le roman Circé de Madeline Miller.

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