L’après-guerre et le temps de l’oubli – Mémoires de Vichy #1

La France de l’immédiate après guerre : une France déchirée

A partir de 1943, on sent le vent changer. Vichy n’est plus qu’un État fantôme et les Résistants commencent à mener des actions contre les milices. En 1944, Pétain veut passer le pouvoir régulièrement. Pour cela, il contacte De Gaulle afin de négocier « une solution politique » quelle qu’elle soit, permettant « d’éviter la guerre civile ». De Gaulle refuse et la Libération avance dans un climat de guerre civile ou presque.

Après la libération, on assiste à une volonté de juger l’ensemble des actions contre les personnes considérées comme coupables de collaboration. Dans un premier temps, ce sont les Français eux-mêmes qui vont juger leurs pairs, c’est ce que l’on a longtemps nommé « l’épuration sauvage ». On lui préfère aujourd’hui le terme d’épuration extra-judiciaire puisqu’elle échappe à toutes règles juridiques et donne lieu à des règlement de comptes, politiques ou personnels. La traque des collaborateurs ou des présumés collaborateurs s’intensifie. De nombreuses personnes sont exécutée de la manière la plus sommaire ou après être passées devant des « tribunaux clandestins » plus ou moins composés de Résistants. Le simple soupçon ou le règlement de comptes suffisent parfois à condamner un individu sans preuves réelles. Même si un très grand nombre des exécutés étaient des membres de la milice ou de véritables collaborateurs, on assiste à un véritable lynchage. Cette violence spontanée prend la forme d’un exutoire, une forme d’exorciser une haine trop longtemps contenue. On dénombre entre 8 000 et 11 000 personnes exécutées.

Femmes françaises accusées de collaboration et tondues (Paris, été 1944) ©Bundesarchiv, Bild 146-1971-041-10 / CC-BY-SA 3.0.

Les femmes soupçonnées de « collaborations horizontales » sont tondues le jour de la Libération ou dans les jours qui suivent dans des lieu symboliques tels que les préfectures ou les mairies. Mais les tontes concernent également les femmes que l’on soupçonne d’être collaboratrices. Les « tontes clandestines », au domicile de la personne, existent même si elles sont plus rares. Parfois, ces tontes sont accompagnées de règlements de comptes où les coups sont nombreux et parfois même les viols. Exhibées dans la foule, promenées dans les rues, stigmatisées aux yeux de la société, elles sont mise au banc de la société. On estime qu’environ 20 000 femmes ont subi ce sort entre 1943 et 1946.

Les procès de Vichy : mettre un point final à l’épuration

Philippe Pétain durant son procès, 30 juillet 1945

Pour mettre un terme à ce conflit civil, on met en place « l’épuration légale ». De Gaulle ainsi que ses ministres de la justice François de Menthon puis Pierre-Henri Teitgen souhaitent une épuration judiciaire rapide et limitée dans le temps. L’ordonnance de 26 août 1944 crée un nouveau crime et le châtiment qui l’accompagne : l’indignité nationale et la dégradation nationale. Les individus frappés d’indignité nationale sont reconnus indignes de la nation et deviennent des citoyens de seconde zone : leurs droits civiques comme l’éligibilité et le droit de vote leur sont retirés ; ils sont exclus de la fonction publique, des entreprises de presse et des associations professionnelles et leurs biens peuvent leur être confisqués. Cette ordonnance institue également les cours de justice et les chambres civiques et le 18 novembre est créée la Haute Cour de Justice. Elle a pour but de se prononcer sur le sort des dignitaires du régime de Vichy. Aucun recours en appel n’est possible pour le condamné. Le droit de grâce reste au chef du Gouvernement Provisoire de la République Française. Au cour de cette épuration, 124 613 personnes passent en justice, dont 76 % sont condamnés ; 1 600 personnes sont condamnées à mort pour trahison ou intelligence avec l’ennemi en temps de guerre et plus de 44 000 se voient infliger des peines de prison diverses.

Le procès le plus attendu est celui du maréchal Pétain. Plus que le procès d’un individu, c’est le procès de toute une collaboration. Le 23 juillet 1945 s’ouvre son procès à la cour de la Haute Justice. Il est jugé pour trahison et intelligence avec l’ennemi. Le jury se compose de 24 personnes, 12 résistants et 12 parlementaires qui n’avaient pas voté les pleins pouvoir au maréchal en 1940. Le 15 août 1945, il est déclaré coupable de collaboration et d’indignité nationale. Il est condamné à mort mais est finalement gracié deux jours après par le général De Gaulle. Sa peine est réduite à l’emprisonnement à vie. Le général De Gaulle veut tourner une page, rentrer dans une nouvelle phase historique.

Une des Nouvelles le 16 août 1945

Une volonté de De Gaulle et ses successeurs : l’unité Française

En août, le général De Gaulle déclare que « La République n’a jamais cessé d’être. La France libre, la France combattante, le Comité français de la libération nationale l’ont, tour à tour, incorporé. Vichy fut toujours et demeure nul et non avenu. Moi-même suis président du gouvernement de la République. Pourquoi irais-je la proclamer ? » Dès lors, Vichy est mis entre parenthèses afin de permettre une unité française. Pour cela, il met en place le « résistancialisme gaullien ». On va glorifier la Résistance, et non pas des résistants, comme la célébration d’un peuple en résistance qu’incarne le général De Gaulle. La Résistance devient un récit sacré. Elle est à l’origine du récit fondateur de l’identité nationale. De Gaule fait ainsi croire aux Français qu’ils étaient du côté des vainqueurs alors qu’ils ne l’avaient pas été. La résistance devient un sésame tout puissant et on distribue même des statu de résistants.

De plus, un autre mythe est mis en place pour appuyer cette démarche résistancialiste. C’est le mythe du glaive et du bouclier qui est mis en avant par Pétain lors de son procès. En effet, il affirme qu’il a agit pour sauver un maximum de Français des nazis en échange de quelques sacrifices tandis que le général De Gaulle organisait la Résistance et le débarquement depuis Londres. Ce mythe va perdurer de nombreuses années notamment entretenue dans les écrits de Aron.

Audience du procès de Robert Brasillach en cour de justice à Paris le 19 janvier 1945 ©STF / AFP

Enfin, pour permettre au pays de panser ses plaies et se reconstruire, on fait un nouveau pas, celui de l’amnistie. On retrouve ce combat avec Mauriac qui va se débattre en vain pour sauver Brasillac de la mort. Mais il s’agit avant tout d’une querelle politique qui mobilise tous les partis. Elle est un enjeu grave car elle se trouve au carrefour de la loi, de la morale et du souvenir. L’amnistie est « un oubli juridique » et de ce fait, elle peut modifier la perception de l’Occupation, notamment par les silences qu’elle impose sur les peines prononcées. Le premier grand débat sur le sujet s’ouvre le 24 octobre 1950. Les partisans avancent cinq grands arguments : la clémence, la réparation des injustices de l’épuration, la réconciliation des Français, la nature politique de certains délits commis sous l’occupation et enfin l’exemple déjà donné par l’Allemagne et l’Italie, déjà sur la voie de la réconciliation nationale. De l’autre côté, on dénonce pêle-mêle la renaissance d’un néo-fascisme, l’opération électorale et la conjonction du réarmement de l’Allemagne avec la volonté d’absoudre les collaborateurs.

La première loi d’amnistie est votée le 5 janvier 1951 et accorde l’amnistie aux auteurs de faits ayant entraîné la dégradation nationale et une peine de prison inférieure à 15 ans. Elle comporte des mesures particulières pour les incorporés de force, les mineurs et ceux dont la peine est presque purgée. Cette amnistie permet à des fascistes notoires et des nostalgiques de Vichy de refaire surface mais également d’ accéder de nouveau à leurs droits civiques. En juillet 1952 on ouvre un nouveau débat, cette fois-ci pour une amnistie totale avec un mot d’ordre « unité nationale ». Il s’agit d’un geste de clémence et d’apaisement du point de vue des passions. Une seconde loi est votée le 24 juillet 1953. A l’exclusion des cas les plus graves, tous ceux qui sont en prison sont libérés. On passe ainsi de 40 000 personnes en prison pour collaboration en 1945 à 62 en 1953. Cette loi met ainsi un point final à l’épuration. On espère ainsi tirer un trait sur Vichy et la collaboration.

Bibliographie

Ouvrages généraux

  • ABBAD Fabrice et TOSITTI Guillaume, La France aux XIX° et XX° siècles en 500 questions réponses, Belin, 2003.
  • Dir. ROUSSO Henry, La France des temps présents 1945 – 2005, Belin, 2010.

Ouvrages spécialisés

  • CONAN Eric et ROUSSO Henry, Vichy, un passé qui ne passe pas, Gallimard, 1996.
  • LE GOFF Jacques, Histoire et mémoire, Gallimard, 1988.
  • PAXTON Robert, La France de Vichy 1940 – 1944, Seuil, 1973.
  • ROUSSO Henry, Le syndrome de Vichy 1944 – 198… , Seuil, 1987.

Articles

Webographie

Documentaires

  • Vichy, la mémoire empoisonnée.

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