La levée du voile – Mémoires de Vichy #3

L’hypermnésie

Photographie d’identité de Mengele prise en 1956

Grâce aux travaux du couple Klarsfeld, une véritable traque des nazis va avoir lieu. On peut prendre l’exemple de la traque de Mengele. Cet homme est surtout connu pour avoir mené des expériences à Auschwitz sur les détenus. Il avait un intérêt particulier pour les vrais jumeaux et les personnes atteintes d’hétérochromie ou de difformités anatomiques. A la Libération du camp, il avait déjà fuit. Il passe plusieurs mois à se cacher car il craint un procès et une condamnation à mort et quitte l’Allemagne en 1949 pour l’Argentine. Il est poursuivi par le Mossad, les services secrets Israélien, mais il ne cesse de leur échapper. Il meurt, atteint d’une attaque alors qu’il se baignait. Cette poursuite de ce haut dignitaire nazi illustre la volonté de faire payer les anciens nazis à la lumière des révélations de ces dernières décennies. Mais d’autres sont capturés et de ce fait, des procès ayant un retentissement mondial s’ouvrent.

Dossier de photographies soumises aux témoins du procès Barbie, portrait de Klaus Barbie

C’est le cas de Klaus Barbie, ancien capitaine de la SS à Lyon entre 1942 et 1944. On veut en faire un procès symbolique. De ce fait, on le cache des médias afin de ne pas banaliser son image. Il est recherché depuis 1945 et condamné en 1954. Cependant il est protégé par les Américains et reste donc introuvable. Il est repéré en Bolivie par Beate Klarsfeld, épouse de Serge. La sûreté militaire française connaissait sa cachette depuis 1963. De ce fait, on leur force la main pour rapatrier Barbie en France mais sans succès. Serge Klarsfeld ne parvient à faire ouvrir le dossier à nouveau qu’en 1982. La venue de Barbie exprime le désir manifeste d’un pouvoir politique d’offrir à la mémoire collective un moment exceptionnel : Barbie, symbole de la barbarie et tortionnaire de Jean Moulin, jugé au nom de l’État de droit et d’un impossible oubli. Ce procès pose de nombreux problèmes, les preuves du crime commis par l’homme et non par les rouages d’un système ou encore les rivalités de mémoire. Le cas de Barbie est donc symptomatique des mémoires de Vichy, avec tout d’abord une phase d’oubli, puis de déni de la part du gouvernement pour enfin libérer la parole. D’autres grands procès vont avoir lieu comme celui de Touvier jugé pour crime contre l’humanité en 1994 où il est condamné à la prison à vie ou encore celui de Papon en 1998 condamné à 10 ans de prison. La porté pédagogique de ces procès vient conclure un long débat mémoriel.

Enfin, cette hypermnésie touche directement les Français dans les salles de cinéma et au sein même de leur foyer. En effet, de nombreux films et documentaires vont apparaître en France. Parmi eux, on a la série Holocauste en 1978. Cette série raconte la vie d’une famille juive allemande sous le nazisme et fait ainsi rentrer toute l’horreur du génocide au grand nombre car la série est regardée par plus de 220 millions de personnes à travers le monde. Six ans après, c’est un film de plus de 9 heures qui paraît sur les écrans, Shoa. Ce film donne la parole aux rescapés et aux témoins et montre ainsi l’ampleur du Génocide. Tous ces éléments montrent donc bel et bien que le voile opaque jeté sur Vichy et la seconde guerre mondiale est levé.

La reconnaissance de la responsabilité de la France

La reconnaissance mémorielle est parachevée en 1995. Lors de la commémoration de la rafle du Vel’d’hiv, le président de la République, Jacques Chirac, reconnaît officiellement le rôle de la France, et non de l’État Français, dans la déportation et dans l’extermination des juifs. Ce discours crève l’abcès et permet aux juifs spoliés sous le régime de Vichy de récupérer leurs biens qui dorment toujours dans les caisses de l’État. Les sommes n’ayant pas pu trouver de destinataire servent à la création dune institution qui leur est dédié : la fondation de la Shoa. A la suite de ce discours, tous ses successeurs vont s’inscrire dans la même dynamique de reconnaissance des crimes commis par la France lors du régime de Vichy.

Jacques Chirac prononce son discours lors de la cérémonie commemorative de la rafle du Vel’ d’Hiv’, le 16 juillet 1995 à Paris.
 © Sipa Press

Des mémoires qui doivent être protégées

Pourtant, certaines personnes cherchent à rejeter ce passer. En effet depuis les années 1980 apparaissent les thèses révisionnistes et ou négationnistes. De ce fait aujourd’hui encore, certains intellectuels portent crédit à des thèses anciennes et pourtant réfutées depuis longtemps, comme celle de Pétain incarnant le bouclier de la France. D’autres vont plus loin, niant le Génocide.

Cela est très visible notamment à travers les écrits et les thèses de Robert Faurisson qui remet en cause le meurtre des juif dans les chambres à gaz, en remettant notamment en cause le Ziclon B utilisé à cette fin. Cela est repris par Jean Marie Le Pen pour qui les chambres à gaz ne sont qu’un détail de l’Histoire ou encore Darquier qui dit que « à Auschwitz, on a gazé que des poux ». Plus récemment encore, Bruno Gollnisch, délégué général du Front national introduit en 2004 selon la justice le doute sur l’existence de crimes contre l’humanité. Aujourd’hui, on retrouve un écho à ces thèses dans les cercles islamistes radicaux comme l’a montré la conférence organisée par l’Iran en décembre 2006 qui a rassemblé des négationnistes du monde entier.

Pierre Vidal Naquet en réaction à cela lance une pétition en 1979 et indique « il ne faut pas se demander comment techniquement un tel meurtre de masse a eu lieu [mais] qu’il a été possible techniquement parce qu’il a eu lieu ». Pour lui, comme le montre le titre de son livre, les négationnistes sont des « assassins de la mémoire » car les victimes du génocide sont une nouvelle fois menacée d’extermination, cette fois ci mémorielle.

Afin de se prémunir contre ces dérives mémorielles, on adopte en France en 1990 la loi Gayssot. Cette loi condamne la contestation des crimes contre l’humanité, définis dans le statut de Nuremberg. Mais cette loi qui semble pourtant garantir la mémoire est critiquée dès sa parution notamment par Madeleine Rebérioux qui y voit une occasion pour les négationnistes de se présenter comme des martyrs, ou tout au moins comme des persécutés. Pourtant au vu du retentissement médiatique de ces derniers, une telle loi semble nécessaire.

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